Le Mont-de-Piété

Le Mont-de-piété de Paris, en vigueur depuis 1777 est célèbre pour ses prêts sur gage avec pour mission de lutter contre la misère. Une formule simple et rapide qui permet un prêt immédiat de 50 à 70 % de la valeur de l’objet déposé. Le déposant reste propriétaire de son bien et peut le récupérer contre remboursement du prêt. Ces objets sont : bijoux, argenterie, oeuvres d’art, instruments de musique, ou tout autres et bien moindre… comme on le verra au cours de l’histoire. Il est en fait un baromètre de la situation économique et sociale du pays.
Il a perdu son nom en 1918 pour devenir le Crédit municipal. Ce nom est toujours valide et son activité s’est encrée dans le paysage urbain. Le Crédit municipal de Paris est aujourd’hui un acteur majeur de l’économie sociale et solidaire.

 

 

Histoire du Mont de Piété à travers son exposition ….

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1 . Le 1er Mont de piété est créé en Italie (Monte di pietà) en 1462 sous l’impulsion de deux moines franciscains (Barnabé de Terni et Bernardin de Feltre) pour soulager les pauvres des usuriers, dont leurs taux d’intérêt atteignaient souvent plus de 130 % par an.

En italien « Monte » pour mise en commun de fonds et « di pietà » signifie piété et compassion.

Ceux qui manquent d’argent pour leur subsistance journalière peuvent emprunter, sans intérêt, de petites sommes en donnant un gage pour la sûreté du prêt. Cette initiative connait un grand succès et se répand dans toute l’Italie avec la création d’une trentaine d’établissement (Monte di pietà). En 1515, le Pape Leon X reconnait officiellement les Monts de piété.

 

Théphraste Renaudot crée un Mont-de-Piété à Paris en 1637

Théphraste Renaudot crée un Mont-de-Piété à Paris en 1637

2 . A Paris, c’est Théophraste Renaudot qui crée le 1er Mont-de-Pieté en 1637. Médecin auprès de Louis XIII, philanthrope et ami de Richelieu, il avait la fonction publique de Commissaire général des pauvres du royaume. Il crée le « Bureau des adresses » sorte d’agence pour l’emploi et le fameux journal La Gazette, ancêtre de tous les périodiques qui fit de lui le père du journalisme (le prix Renaudot a été créé en 1925 en son honneur par un groupe de journalistes).
Puis vient le dispensaire gratuit qu’il fonde avec des médecins, des chirurgiens et des pharmaciens. Et en 1643, 48 villes établissent un Mont-de-Piété.
Mais terrible constat. A la mort des protecteurs (Richelieu et le roi Louis XIII, survenu peu après), les ennemis de Théophraste Renaudot refond surface. Ce sont les usuriers, la Faculté de médecine et le Parlement de Paris qui réclament la fermeture de tous les Mont-de-Piété. Elle sera effective en 1644, soit 7 ans seulement après sa création et Théophraste meurt ruiné en 1653.

 

3 . Il faudra attendre 133 ans et 2 règnes avant que ne renaisse le Mont-de-Piété à Paris.

Les 2 règnes qui en ont fait l’impasse sont celui de : Louis XIV, monarque extrême absolu plus préoccupé à faire la guerre, et Louis XV, être curieux passionné de lectures et de sciences il permit, en son temps, l’émergence d’une culture brillante avec les philosophes de ‘lumières’ tels que Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot, mais l’État restait en déficit chronique…. C’est avec ce déficit que succéde Louis XVI.

A la fin du XVIIIe siècle on assiste à une grande misère du peuple français. Ruines ou mauvaises récoltes, la campagne ne pouvait subvenir à tous les journaliers ‘mis sur la paille’. Ce qui entraîna de nombreux voleurs et mendiants sur les routes et dans les villes. Paris fut le réceptacle de tous les marginaux, immigrés de province, des autres grandes villes ainsi que de l’étranger (d’Espagne, d’Irlande et de Pologne). Mais les pauvres ne se racontent pas, il y a donc peu d’écrits sur eux si ce n’est par le biais des archives judiciaires. (Info+ : Persée, portail des revues scientifiques)

Devant la gravité de la situation et pour contrer les usuriers, Louis XVI rétablit le Mont-de-Piété par Lettres patentes le 9 décembre 1777 sur les conseils de Jean-Charles-Pierre Lenoir, lieutenant général de police.’ En un an, près de 130 000 objets sont gagés.

Dans sa mission de lutte contre la misère, le Mont-de-Piété est lié depuis l’origine à l’Hôpital général. C’est pourquoi les histoires de ces deux instituts s’entremêlent. C’est ainsi que les architectes de l’Hôpital général, Jacques-Antoine Payen et Charles-François Viel sont chargés de conduire le chantier d’implantation du Mont-de-Piété sur son site actuel – au 55 rue des Blancs manteaux à Paris (3e arr.).

 

4 . Après le Révolution française, les clients sont de plus en plus nombreux et le Mont-de-Piété connait une période faste. En 1804 Bonaparte lui octroie le monopole du prêt sur gage.

En 1804 Bonaparte accorde le monopole du prêt sur gage au Mont-de-Piété

Le Mont-de-Piété (4)

Grande turbulence post Révolution : l’établissement fermera ses portes pendant deux ans (de 1795 à 1797). C’est alors qu’apparaissent de nombreuses officines privées de prêts sur gage avec des prêts allant jusqu’à 300 % d’intérêt!
Devant toutes ces dérives, le Mont-de-Piété rouvre ses portes définitivement puis devient monopole de prêt sur gage. Le besoin était immense et un succès sans précédent s’en est suivi ; deux autres succursales ouvrent à Paris.
Puis, au fur et à mesure d’autres Monts-de-Piété se créent sur le territoire au XIXe siècle : à Lyon (1810), Nîmes (1828), Toulouse (1867), Roubaix (1870).

 

 

5 . Le Mont-de-Piété, reflet d’une réalité économique 

6 . Des personnages célèbres passent au Mont-de-Piété dont la comtesse de Castiglione (1837-1899)

Au XVIIIe et XIXe siècle les ouvriers au chômage engagent leurs outils de travail et les plus démunis, leur matelas de laine.

7. Le 24 octobre 1918 l’appellation du Mont-de-Piété disparait. Il devient le Crédit Municipal et établissement bancaire, tout en restant fidèle à sa vocation initiale. Il est un des premiers à lancer les crédits bancaire en 1954.

Aujourd’hui, le Crédit Municipal de Paris (CMP) est un acteur majeur de l’économie sociale et solidaire parisienne. Il propose des solutions de financement alternatives pour tous.

 

Galérie de photos :

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Sources : panneaux d’exposition au siège du Crédit mutuel de Paris (anciennement Le Mont-de-Piété) 55 rue des Blancs manteaux, Paris 3e – à l’occasion des portes ouvertes lors des journées du patrimoine, 20 septembre 2014.

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