Saint-Salvadou (Aveyron) sur les traces de son château

 Une histoire librement interprétée… (en réf. aux sources)

À Saint-Salvadou, dans ce petit village d’Aveyron, un mystère perdure… Il n’y a plus aucun vestige de son prestigieux passé médiéval. Son château fort avec ses tours, son chemin de ronde, ses fossés et sa Chapelle Notre-Dame ont disparu à tout jamais. Comme pour oublier un douloureux passé (enfouit depuis dans l’inconscient collectif) qui remonte du temps des croquants (1643).

En la place, une imposante église fut érigée (de 1882 à 1885) en partie avec les pierres restantes de l’ancien château.

Comment remonter le fil de l’histoire ? Les écrits m’ont semblé les plus à portée. Les archives départementales et généalogiques aujourd’hui numérisées m’ont fait succomber au désir d’en savoir plus.

La lignée des Seigneurs de Saint-Salvadou

Je vous propose le fruit de mes recherches sur la lignée des Seigneurs de Saint Salvadou (de ≈1321 à ≈1700), une lignée continue par le sang. Les changements de noms surviennent aux mariages des Dames issues de la seigneurie et devenues héritières. Ainsi les passeuses de nom ont été :

  • Hélène de FONTANES > mariée à Pierre del RIEU entre 1385 et 1399 ?
  • Anne du RIEU > mariée à Antoine de SOLAGES (de THOLET) en 1579
  • Françoise (Diane) de SOLAGES > mariée à Barthélémy de RAYMOND en 1605. C’est en fait leur fils François qui héritera en 1686 (à l’âge de 80 ans) de Jacques de Solages (mort sans postérité).

Le condensé de ces recherches, se trouve là →  Saint-Salvadou et ses seigneurs (document en pdf, mis à jour le 7/11/2015). Son contenu a été enrichi grâce à l’appui de l’historienne, paléographe que je remercie (4-p.35), mais certaines zones d’ombre subsistent encore quant aux dates.

Sur les traces du château …

C’est en ce lieu abrité du vent et au point de vue dominant sur tout l’Ouest que fut bâti, peut être bien vers l’an 1200, un château typique du moyen-âge. On pourrait l’imaginer de trois étages avec deux tours. Dans la deuxième moitié du XIVe siècle des mâchicoulis ont pu remplacer les charpentes de défense sur une tour carrée. Mais là n’est que hypothèse.
En 1436, Seigneur Baptiste du RIEU passe commande pour une nouvelle construction, une maison d’habitation adossée à une tour existante.
En 1656, l’inventaire du domaine répertoriait : « le château a 4 étages, composé d’une salle, de cinq chambres, du galetas, était dénué. La maison accolée au château était composée d’une salle basse, d’une cuisine, de deux chambres, d’un galetas et d’une cave » – Sources cf. 3.

Un douloureux passé

En octobre 1643, les derniers croquants pris en étau se réfugient dans la ‘forteresse’ de Saint-Salvadou, le Seigneur Jacques de SOLAGES y est absent. Mais la Haute Cours de justice royale a décidé d’en découdre, les canons de Villefranche-de-Rouergue sont amenés pour débusquer ces résistants et ordonne la destruction totale du château. Elle ne fut pas totale, finalement. Entre temps les croquants pris sont condamnés à mort. Ils seront pendus, leur corps exposé et tous leurs biens confisqués, pour l’exemple. L’armée quant à elle séjournera là plusieurs années (cf.4), pour annihiler tous les esprits de rébellion.

Sans trop attendre, les habitants se servent malgré l’interdit ; ils ont ces belles pierres à portées de main de quoi transformer leur habitat, une aubaine en l’occurrence. C’est ainsi que l’on retrouve ici et là des pierres de belle facture, provenant de ce château qui fut.

Disettes et épidémies

Au cours du XVIIe siècle la peste décime une grande partie de la population, toute condition sociale en France, dans le Rouergue (4) et Saint-Salvadou n’a pu y échapper.

de 1638 à 1643 : grande disette et épidémies (3), des conditions climatiques désastreuses et répétées sur plusieurs saisons (sécheresses, inondations, hivers très froids…) entraînent de mauvaises récoltes, les bêtes et les hommes meurent de faim. La peste et autres épidémies s’invitent dans le malheur. Elles sont amenées par les marchands et les soldats venus d’ailleurs, et face à une hygiène impossible, les habitants du terroir n’ont plus de résistance. Ils s’en remettent à Dieu.

La révolte des Croquants (juin/oct. 1643)

Parallèlement, les prélèvements d’impôts sont augmentés, revenant au même niveau que ceux de 1618…, période alors plus faste.

C’est dans ce contexte difficile qu’apparaît la révolte des Croquants ; elle débute à Marcillac (Aveyron) en juin 1643 (6) – fermiers, artisans, commerçants, médecins,… s’insurgent contre les prélèvements fiscaux beaucoup trop lourds face au défi de leur vie. De fil en aiguilles, ils seront des milliers à se révolter, tous derrière Jean Petit jusqu’à ce 8 octobre 1643.

Après l’effroyable mort de Jean Petit (écartelé sur la place publique de Villefranche-de-Rouergue 7), les derniers croquants réfugiés au château de Saint-Salvadou qu’ils ont pris d’assaut, « résistent et soutiennent un siège de plusieurs jours. Une fois délogés, ils subissent les mêmes supplices* [ils ne seront pas écartelés mais pendus sur la place à l’entrée du village, aujourd’hui cimetière] et les tours du château furent rasées. »

L’année 1643 correspond exactement à la fin du règne de Louis XIII (mort en mai) et à l’intronisation de Louis XIV (qui n’a alors que 5 ans). D’où le flou et l’abus de pouvoir venu du haut, Mazarin et la reine mère Anne d’Autriche.

Ch PL


Sources bibliographiques :

  1. Accès au chapitre « de Solage » de St-Salvadou, cf.p.18 >> https://books.google.fr/books?id=xkoWAAAAYAAJ&lpg=RA6-PA18&ots=z82qFTI1yj&dq=st%20salvadou%20histoire&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q=st%20salvadou%20histoire&f=false
    Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du Royaume, et des maisons princières de l’Europe, précédé de la généalogie de la Maison de France. Tome 2
    Par M. le Chevalier de Courcelles, Ancien Magistrat, Chevalier et Historiographes de plusieurs Ordres.
    Imprimé à Paris en 1822 (M DCCC XXII) – numérisé par Google / New York Public Library – Livre numérique gratuit.
  2. Dictionnaire des châteaux de l’Aveyron (Raymond Noël) 1972 -A
  3. Autrefois au pays des Serènes (Geneviève Rigal-Saurel) : http://genealogie-rouergue.org/?p=3704 – « Le Pays des Serènes est une entité géographique mais aussi humaine. Par qui a-t-il été peuplé ? Comment ses habitants y ont-ils vécu ? Que reste-t-il du patrimoine (moulins, châteaux…) ? Ce livre essaie de répondre à ces questions. »
  4. Histoire de Saint-Salvadou (3) par Chantal Demarest – Bulletin municipal de janvier 2011 (p.34 et 35)- http://fr.calameo.com/read/000516386c913c979ef3c
  5. La peste de 1628 en Rouergue (Sylvie Mouysset) 1992 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/anami_0003-4398_1993_num_105_203_2367
  6. Jean Petit et les Croquants de Villefranche (Jacques Serieys) :  http://www.gauchemip.org/spip.php?article4470
  7. Jean petit et les Croquant de Villefranche : un mouvement populaire d’épopée (8 octobre 1943 une horrible fin) : http://gitesaintjuery.over-blog.com/2014/01/jean-petit-et-les-croquants-de-villefranche.html
  8. La révolte des Croquants, Marcillac-Vallon un village, une histoire
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2 commentaires sur “Saint-Salvadou (Aveyron) sur les traces de son château

  1. Bonjour, très intéressant votre résumé sur la lignée des Solages . Sauriez vous si Anne de Raymond fille de Françoise ( Diane de Raymond) se serait bien mariée à Jean de Pujol et si oui à quelle date et oû ? Connaissez vous la date de naissance de Anne de Raymond ( vers 1607 ? ou ? au chateau des Solages ?) Merci pour votre réponse si vous avez quelconque élément . Cordialement

    • Bonjour, je vais m’y replonger mais la fin de la lignée de Solages de St Salvadou n’est pas très claire. Il m’était déjà apparu des incohérence de dates, notamment pour Jacques de Solages (frère de Françoise/Diane). Peut-être y a t-il eut 2 Jacques sur 2 générations ? Sinon, concernant les enfants de Françoise/Diane de Solages épouse de Raymond, ils sont tous nés à la Selve (village près de Réquista dans l’Aveyron) dans le fief de son mari (Seigneurie de Raymond). Et malheureusement les dates de naissances et autres des Dames sont souvent absentes. A ce jour, je ne peux vous donner de réponse relative à Anne de Raymond. Je vous remercie pour votre message. ChristinePL

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