Affaire Troadec – L’or disparu en 1940 à Brest, réapparait dans l’indicible


Image : Brest 1940 embarque l’or de France depuis le quai Laninon (montage), en fond le château

L’Affaire Troadec est devenue en quelques jours, le feuilleton médiatique tragique d’une famille, jusqu’à remonter à l’histoire collective du pays.

Cette affaire sordide prend sa source dans un secret familial sur fond de trésor d’or trouvé/caché. La convoitise et la jalousie s’est ancrée au fil des ans dans ce bocage Breton jusqu’à l’indicible. C’est ainsi qu’une autre histoire vieille de 77 ans est remise à jour. En effet les 50 kg d’or -issus des réserves de la Banque de France- disparus dans la rade de Brest le 18 juin 1940, n’ont officiellement jamais été retrouvés.

 

Résumé :

Tout commence par « l’Affaire des disparus d’Orvault » le 23 février 2017 pour être renommée « l’Affaire Troadec« , après confirmation de meurtres

  • Dans la nuit du 16 au 17 février 2017, disparaissait la famille Troadec, les parents Pascal et Brigitte (47 ans) et leurs enfants Sébastien (21 ans) et Charlotte (18 ans), de leur maison d’Orvault, une ville près de Nantes. Plus de signe de vie, il s’avèrera que tous les téléphones furent coupés cette nuit là, le dernier fut celui du fils, coupé à 3h30 du matin le 17.
  • L’alerte est donnée le 23 février par la soeur de Brigitte.
  • La police dépêchée sur place trouve une maison propre et vidée de tout occupant – plus de draps sur les lits, plus aucune brosse à cheveux ni brosses à dents dans les salles de bain, ni ordinateurs… Mais le téléphone de Sébastien est retrouvé sous son lit maculé de sang… D’autres traces de sang sont découvertes, sous les escaliers notamment.
  • Sur les trois voitures de la famille, une a disparu, celle du fils.
  • Ils n’ont pas seulement disparu, il s’est vraiment passé quelque chose de tragique : L’enquête criminelle vient d’identifier à qui appartiennent les traces de sang : ce sont celles du père, de la mère et du fils. Beaucoup, beaucoup de sang a coulé, laissant présager un ou des morts probables.
  • Entre temps, à 280 km de là, dans la campagne du Finistère sont trouvés par une joggueuse, le pantalon de Charlotte ainsi que des pièces nominatives, puis en l’intervalle de quelques jour non loin de là, 2 livres d’écolier du père.
  • La voiture du fils est retrouvée à St Nazaire, garée là depuis le dimanche.

Dans le secret, l’enquête avance rapidement.♦

  • Dans la maison d’Orvault, une ADN extérieure à la famille a été identifiée, celle du beau-frère de Pascal Troadec, Hubert Caouissin. Un homme de 49 ans, ingénieur à DCNS (industrie navale militaire) à Brest ; il vient de reprendre un mi-temps thérapeutique après 3 ans d’arrêt suite à une dépression. Il est le concubin de Lydie, la soeur de Pascal Troadec, elle même en arrêt longue-maladie. Ensemble ils ont eu un enfant aujourd’hui âgé de 8 ans. Les deux couples sont en ‘guerre froide’ !
  • Le 6 mars 2017 Hubert Caouissin est inculpé du quadruple meurtre et ses aveux feront froid dans le dos. Les corps ont été démembrés, découpés, brûlés en partie, enterrés ou répartis dans sa ferme isolées du bocage brestois à 30 km.
    […]

Toute cette rancoeur entretenue depuis des années
pour un trésor de lingots et pièces d’or, volé (3 fois) et non partagé.

Qui d’autre savait ?

Témoignages clés pour ici :

  • La mère de Lydie et Pascal Troadec (76 ans) confirme ce trésor et vol : « Cet or a brisé notre famille » Le Parisien 8/03/2017 : «Cette affaire terrifiante trouve son origine dans un trésor composé de lingots et pièces d’or que mon mari avait caché dans le garage de notre maison». Un trésor découvert en 2006 par son mari, alors qu’il effectuait des travaux dans la cave dans un immeuble qui lui appartenait, situé dans le vieux quartier de Recouvrance à Brest (Finistère). Il ne déclare pas cette découverte et le cache à son tour dans son garage. Il décède en 2009 laissant le secret de famille sans avoir pu le partager à ses enfants. « Un or, «volé peut être», «à la Banque de France» lors de la seconde guerre mondiale. » ♦ Dans l’émission Sept à Huit (TF1) dimanche 12/03/17, Renée Troadec s’est exprimée : « le témoignage excusif de Renée Troadec, mère de Pascal« 

Cette déclaration fait résonance par ailleurs.

  • Une brestoise (61 ans) témoigne : « Cet or a existé » Le Telegramme 11/03/2017 :
    « Ces 50 kg d’or, c’est mon père, avec trois amis, qui les ont remontés du fond du port de Brest [du quai de laninon], en juin 1940, quelques jours après que tout l’or de la Banque de France est parti par bateaux. […] Après la guerre ils s’en sont débarrassé en le déposant, une nuit, dans un immeuble désaffecté de Recouvrance. »

 


Alors, RETOUR SUR L’HISTOIRE …

La Banque de France (institution privée) a entrepris de mettre à l’abri ces réserves d’or dans le plus grand secret et au compte-gouttes depuis 1932.
Lieux de refuges : Halifax (Canada), New York Banque centrale (US), Antilles Fort-de-France (Martinique), puis Fort d’Alger, Casablanca (Maroc) et Kayes (Mali), Dakar n’étant plus assez sûr.
3 ports français pour ces embarquements très spécifiques : Toulon, Brest et Verdon/s/mer.
Au moment de la déclaration de guerre en septembre 1939, il reste encore 630 tonnes d’or à la « Souterraine » à Paris (le + vaste coffre fort souterrain) et en l’espace d’un mois tout cet or sera évacué aux USA.

Puis face à l’avancée de l’armée allemande au printemps 1940 les réserves d’or restant dans les succursales de l’ouest sont acheminées urgemment vers le port de Brest. Soit 736 tonnes d’or ! Elles seront les dernières à quitter le territoire, le 18 juin 1940 à 18h30.

A Brest, 60 convois arrivent par voies ferrées du 30 mai au 14 juin 1940. Le temps presse, un seul homme pour diriger les opérations et la main d’oeuvre manque. 150 hommes de corvée et 150 marins seront réquisitionnés. Les trains sont déchargés à bras d’hommes, les caisses (de lingots) et les sacs (de pièces d’or) sont transférés dans des camions qui partent immédiatement pour le Fort de Portzic, pour stockage provisoire. Jusque là, tout était comptabilisé.

Brest, du 16 au 18 juin 1940

Le manque de temps s’accélère dangereusement alors que les bombardiers allemands se rapprochent. Dans le port de Brest 5 navires attendent : El Djezaïr, le Ville d’Alger, El Mansour, le Ville d’Oran, El Kantara, avec pour mission d’acheminer leur cargaison jusqu’à Dakar au Sénégal.
Le 16 juin 1940 à 17h30, l’embarquement commence immédiatement après le transfert de l’or du Fort de Portzic au port (via camions) … puis chargé et déchargé toujours à bras d’hommes qui finiront exténués par le temps qui presse, il n’y aura plus assez de temps pour tenir des registres.
Le 18 juin 1940 à 17h30,les dernières réserves d’or de la Banque de France sont prêtes à partir pour l’Afrique, in extremis. Juste avant que les bombardements allemands ne jettent le feu sur le port de Brest.
(Source – L’incroyable sauvetage des 736 tonnes d’or de la Banque de France ! – Cahier anecdotique de la Banque de France – Par Didier Bruneel)

L'or belge et polonais (6150 caisses confiées à la France) embarqueront de Lorient pour la même direction.
"Avec 1 100 tonnes en tout, c'est le plus grand convoie de l'histoire !"
Les six navires arriveront à bon port de Dakar le 28 juin 1940.
  • Témoignage – Au moment du chargement à Brest,
    « Un gendarme maritime affirme avoir vu au moins 2 caisses tomber à l’eau »
    (Source – La Marmitte du 20e siècle).
  • En septembre/octobre 1940, une fois installés à Kayes (à 300 km de Dakar, dans l’actuel Mali) la vérification et le comptage des stocks, entre le départ et l’arrivée, fait état de la perte de plusieurs caisses* (dont une caisse vidée de son or était remplie de clous et de fer + des sacs ouverts incomplets).

Après guerre

*Il est fait l’état de 395 kg d’or disparu. En fait cette évaluation n’est pas très claire :

Quelquefois ce chiffre se rapporte à la réserve exclusive de Kayes et d’autres fois ce même chiffre est annoncé pour la totalité de 2 500 tonnes après le rapatriement en France en 1946.
Il n’empêche que la perte de 395 kg d’or pourrait correspondre à 7 caisses entières de lingots et 45 kg de pièces d’or en admettant qu’un lingot pèse 12,5 kg (une barre d’or de cette époque). D’où 4 barres d’or par caisse de 50 kg (+le poids de la caisse) => la perte équivaudrait à 28 barres d’or + 45 kg de pièces d’or, perdus, disparus. ♦

 1940 Les réserves de la Banque de France sont embarquées1940 Les réserves de la Banque de France sont embarquées

 Après guerre, une enquête est menée pour retrouver l’or manquant.

« La Banque de France demande à la Marine Nationale de faire des recherches. Un bateau-pompe aspire la boue, sous le quai de Laninon et des scaphandriers inspectent la zone une bande de 20 m par 10… Ils ne trouvent rien !
Les caisses disparues représentent une somme de plus de 20 millions de francs.♦
Un navire-hôpital a été coulé le long de ce quai et la Marine Nationale doit en enlever l’épave. Le 5 juin 1947, l’épave du bateau-hôpital est enfin enlevée. Hélas, l’affaire vient d’être classée. Ainsi, aucune caisse n’a été (officiellement) retrouvée dans la rade de Brest. »
(Source – 1940 – De l’or au fond du port de Brest ? – La Marmite du 20e siècle /archive).

 

 


SOURCES / REVUE DE PRESSE 

♦ Dans l’émission Sept à Huit (TF1) dimanche 12/03/17, retour en vidéo sur l’affaire où Renée Troadec s’exprime : « le témoignage excusif de Renée Troadec, mère de Pascal« 

  1. L’Affaire Troadec : « Cet or a brisé notre famille » – Le Parisien 8/03/2017
  2. Affaire Troadec : « Cet or a existé » – Le Telegramme 11/03/2017
  3. Affaire Troadec : « à Brest, la fièvre de l’or est rallumée » – Le Parisien 13/03/2017
  4. Brest et les 2 guerres mondiales.pdf (cf.p.19) : « Depuis le 15 juin 1940, des avions allemands rodaient dans le ciel au -dessus de la Penfeld et de Laninon.
    Le 18 juin, Les navires en état de naviguer (70 navires de guerre et 48 navires marchands) franchissent le goulet. Les entrepôts et certains navires sont dynamités. Des mines magnétiques sont également posées dans le goulet.
    Dès le 18 juin 1940, les bombes allemandes avaient commencé à tomber ça et là causant les premiers dégâts. Mercredi 19 juin 1940 en soirée, le drapeau à croix gammée flotte au mât du pavillon de la mairie (rue de Lyon). »
  5. L’incroyable sauvetage des 736 tonnes d’or de la Banque de France ! – Cahier anecdotique de la Banque de France – Par Didier Bruneel :
    « Dans ce numéro, il nous raconte un certain 18 juin 1940, durant lequel cinq navires lourdement chargés quittent le port de Brest. À leur bord, 736 tonnes d’or de la Banque de France se dirigent vers Dakar… »
  6. 1940 – De l’or au fond du port de Brest ? – La Marmite du 20e siècle (archive)
  7. En 1940, Brest et la Banque de France livrent la Bataille de l’or – site : L’or et l’argent 13/03/2017 par Jean-François Faure.

 

1940, l’or de la France a disparu !

 

Documentaire
Durée
52’
Auteurs Alain-Gilles Minella et Jean-Philippe Immarigeon
Narration Damien Boisseau
Réalisation Olivier Hennegrave

 

Ch.PL – mars 2017